
Avant de recadrer l’autre, commencez par vous : le miroir émotionnel qui booste la performance
Dans chaque open space, on croise le colérique qui s’enflamme, le passif-agressif qui décoche un mail assassin ou l’anxieux qui s’excuse d’exister. Ces attitudes apparemment disparates prennent racine dans une même faille psycho-affective : une peur ou un besoin non reconnu qui cherche un exutoire. Tant que le manager reste focalisé sur « corriger » le collaborateur bruyant, il néglige sa propre mécanique interne. Or le véritable point de départ de l’intelligence émotionnelle n’est pas l’autre, c’est soi.
Imaginez qu’un sentiment chronique d’injustice soit votre talon d’Achille. La moindre remarque sur votre travail fait siffler la bouilloire : voix plus ferme, sourcils froncés, réplique sèche. En reconnaissant cette hypersensibilité avant qu’elle ne prenne les commandes, vous changez le scénario : respiration profonde, reformulation calme, question ouverte. Vous passez du rôle de pyromane involontaire à celui de régulateur émotionnel.
Cet « effet miroir » est au cœur de Manager les 20 personnalités difficiles – Comprendre et désamorcer les tensions avec la méthode PACTE de David Eyraud. Le modèle en cinq étapes – Percevoir, Analyser, Communiquer, Transformer, Évaluer – sert d’abord de boussole intérieure. Percevoir, c’est capter les premiers signaux corporels ; Analyser, c’est nommer la faille qui s’active ; Communiquer, c’est exprimer ce qui se joue sans accusation ; Transformer, c’est ajuster posture et cadre ; Évaluer, enfin, c’est revenir à froid sur l’épisode pour apprendre. Énoncées ainsi, ces étapes semblent linéaires ; dans la vraie vie, elles tournent en boucle à vitesse variable, comme une agilité relationnelle embarquée.
Prenons la scène d’un directeur produit en visioconférence. Son développeur repousse une dead-line ; il sent monter la colère liée à son ancienne peur d’abandon (« Je vais encore être lâché »). S’il se contente d’aboyer, il renforce la déconnexion de son équipe hybride, déjà sur la défensive depuis le télétravail. S’il identifie la faille, il peut reformuler : « Je me sens inquiet pour la sortie du sprint ; de quoi as-tu besoin pour sécuriser la date ? » Aussitôt, le dialogue passe de la culpabilité à la co-construction.

Cette lucidité émotionnelle n’est pas un luxe « soft ». Selon les études citées dans l’ouvrage, la mauvaise gestion des personnalités difficiles dégrade l’engagement jusqu’à 30 %, gonfle l’absentéisme et sabre la créativité. A contrario, un manager capable de reconnaître ses propres vulnérabilités instaure une sécurité psychologique qui dope la productivité : moins de temps passé à ruminer, plus de feedbacks qui portent, des décisions plus rapides parce qu’affranchies des sous-entendus.
Encore faut-il dépasser la prise de conscience pour inscrire de nouveaux réflexes dans le corps. Eyraus suggère de transformer chaque faille identifiée en micro-engagements : respirer trois secondes avant de répondre à une critique, poser systématiquement une question clarifiante, programmer un débrief hebdomadaire pour objectiver les tensions. Ces gestes, répétés, reprogramment la ligne de code émotionnelle ; ils deviennent une hygiène, au même titre que le reporting financier.
L’impact se voit aussi dans la culture d’équipe. Lorsque le leader avoue son propre travers – « Mon réflexe, c’est de reprendre la main quand j’ai peur qu’on m’abandonne » – il autorise les autres à mettre des mots sur leur anxiété plutôt qu’à la déverser. Le conflit n’est plus un duel d’ego mais la rencontre de vulnérabilités qu’il est possible de transformer en opportunité d’apprentissage collectif. Les réunions gagnent en profondeur sans dégénérer, la confiance tisse un filet de sécurité sous les prises de risque, la performance suit.
Pour approfondir votre cartographie émotionnelle ou former vos équipes à la méthode PACTE, l’accompagnement d’un coach professionnel accélère le passage de la théorie à la pratique. Car comprendre une faille ne suffit pas ; c’est l’entraînement régulier qui fait d’un miroir émotionnel un véritable levier de leadership durable.



